Passer au in-ear en groupe : émetteurs, fréquences et écouteurs

Le passage au in-ear supprime les wedges, baisse le volume de la scène et donne à chaque musicien un mixage qui ne change pas d'une salle à l'autre. Il demande aussi plus de bus à la console, un émetteur par mixage sans fil, des fréquences à choisir avec soin et des écouteurs adaptés à chaque poste. La facture se calcule musicien par musicien, et tout le monde n'a pas besoin du sans-fil.

Écrit par Régis Chambeyron, jauge de 80 à 200 personnes et de 200 à 500 personnes

La situation

Formation
chant lead, guitare et chœurs, basse, claviers, batterie
Point de départ
cinq wedges, une console à 6 bus, un ingénieur de façade
Objectif
un mixage stéréo par musicien, scène plus calme, même retour dans toutes les salles
Postes fixes
batterie et claviers ne bougent pas pendant le concert
Postes mobiles
le chanteur, le guitariste et le bassiste se déplacent sur toute la largeur de la scène

Le plan de scène

  1. Batterie et claviers : in-ear filaire, un boîtier ceinture branché par câble sur un départ de la console.
  2. Chant, guitare et basse : in-ear sans fil, un émetteur par mixage, un récepteur de poche par musicien.
  3. Console : 5 mixages stéréo, soit 10 bus, ou des mixages mono si la console n'en a que 6.
  4. Deux micros d'ambiance tournés vers la salle, envoyés dans tous les mixages.
  5. Un wedge gardé en secours au centre de la scène, pour la première date.

Le calcul

Le in-ear remplace le wedge par des écouteurs qui bouchent l'oreille comme des bouchons de protection. Le musicien entend son mixage directement, sans le bruit de la scène. Le volume général baisse : plus de wedges qui renvoient du son vers les micros, plus de larsen à surveiller. Pour la façade, c'est un changement net : le mixage de salle n'a plus à couvrir le son des retours.

Combien de mixages, combien de bus

Un in-ear donne le meilleur en stéréo : les instruments placés à gauche et à droite se distinguent mieux, et le musicien peut écouter moins fort pour entendre autant. Un mixage stéréo occupe deux bus de la console. Cinq musiciens en stéréo, c'est 10 bus ; une console à 6 bus ne donne que trois mixages stéréo, ou six mixages mono.

Console Bus Mixages stéréo possibles
6 bus 6 3
12 bus 12 6
16 bus 16 8

Si la console manque de bus, on peut garder le mono pour la batterie et les claviers, le stéréo pour le chant. Ou passer par des mélangeurs personnels : la console envoie toutes ses voies à un boîtier posé près de chaque musicien, qui fait son mixage lui-même. Le Behringer Powerplay P16-D distribue ainsi les voies d'une console compatible Ultranet sur 9 ports réseau, chaque musicien branche son propre mélangeur.

Sans fil ou filaire

Le sans-fil coûte un émetteur par mixage, un récepteur par musicien, et occupe une fréquence. Il n'a d'intérêt que pour ceux qui bougent. Le batteur ne quitte jamais son tabouret, le claviériste reste derrière son clavier : un boîtier filaire leur suffit. Le Behringer Powerplay P1 se branche par câble sur un départ de la console et se clipse à la ceinture. Le Fischer Amps In Ear Stick se fixe sur un pied. Le LD Systems HPA 1 a deux entrées : le retour de la console et un clic ou une boîte à rythmes.

Pour le chanteur, le guitariste et le bassiste, le sans-fil se justifie. Trois émetteurs, trois récepteurs.

Les plages de fréquences

C'est le point qui demande le plus d'attention. Chaque système travaille dans une plage donnée, inscrite dans son nom ou sa fiche :

Plage Systèmes de cette page
470 à 694 MHz, par blocs de 24 à 46 MHz séries ew IEM G4, XSW, PSM 300 selon la lettre de bande
823 à 832 MHz XSW IEM E-Band, PSM 300 S8
823 à 865 MHz ew IEM G4 E-Band, MEI 1000 G2, U508 IEM
863 à 865 MHz IEM 100, PSM 300 T11, IEM 75
2,4 GHz Xvive U4, t.bone IEM D2.4, Nux B-7 Pro
5,8 GHz Xvive U45, Mipro MI-58, Swiff WX520

Les règles d'usage de ces plages en France changent avec le temps : certaines sont libres, d'autres partagées avec la télévision ou soumises à autorisation. Avant d'acheter, vérifiez sur le site de l'ANFR, l'agence qui gère les fréquences, quelles plages sont utilisables pour du in-ear en France et à quelles conditions. Ne vous fiez pas à la seule indication du vendeur ou du constructeur, faite souvent pour toute l'Europe.

Combien d'émetteurs dans une plage

Plusieurs émetteurs proches créent des fréquences parasites, par intermodulation, qui peuvent tomber sur un autre canal. Chaque constructeur publie des groupes de fréquences compatibles. Sur une plage de 2 MHz, comme celle de 863 à 865, on ne loge que quelques émetteurs à la fois. Sur 823 à 865 MHz, plus de 40 MHz, on en loge bien plus. Pour trois musiciens sans fil, le Sennheiser ew IEM G4 E-Band ou le LD Systems MEI 1000 G2 laissent de la marge ; trois the t.bone IEM 100 dans 2 MHz, c'est à la limite.

Les festivals et les grandes salles posent un problème de plus : d'autres groupes, la télévision locale, les micros sans fil de la régie occupent déjà certaines fréquences. Un scan avant le concert, que la plupart des systèmes de la série ew proposent, montre les canaux libres.

Les systèmes à 2,4 et 5,8 GHz

Ils évitent la question des plages télé. Le Xvive U4 travaille à 2,4 GHz, comme le Wi-Fi et le Bluetooth. La portée est courte, quelques dizaines de mètres en vue directe, et la bande est très occupée dans une salle pleine de téléphones. Si la console se commande depuis une tablette en Wi-Fi à 2,4 GHz, les deux se gênent : passez la tablette en 5 GHz, ou choisissez un in-ear à 5,8 GHz comme le Xvive U45 ou le Mipro MI-58RT. Ces systèmes ajoutent un petit délai, de l'ordre de quelques millisecondes, que certains chanteurs remarquent sur leur propre voix.

Les écouteurs

L'écouteur fait la moitié du résultat. Ceux livrés avec les systèmes d'entrée de gamme servent à démarrer ; ceux de cette page bouchent mieux l'oreille et reproduisent mieux le grave.

Écouteur Voies Sensibilité Pour qui
Shure SE215 1 107 dB chanteur, guitariste
Sennheiser IE 100 Pro 1 115 dB chanteur, guitariste
Shure SE425 2 109 dB chanteur, claviers
InEar StageDiver SD-2 2 119 dB bassiste, claviers
Shure SE535 2 119 dB bassiste
InEar StageDiver SD-3 3 120 dB batteur, bassiste

Une voie est un transducteur ou un groupe de transducteurs chargé d'une partie du spectre. Avec une voie, un seul transducteur reproduit du grave à l'aigu. Avec deux ou trois, le grave a son propre transducteur, et la grosse caisse ne masque plus la voix. Le batteur et le bassiste en profitent le plus.

La sensibilité indique le niveau obtenu pour un même signal. Un écouteur plus sensible joue plus fort avec le même réglage de volume du récepteur, ce qui laisse de la marge sur un boîtier peu puissant. Elle ne dit rien de la qualité.

L'embout compte autant que l'écouteur. Un embout mal choisi laisse passer le bruit de la scène, et le musicien monte le volume pour compenser. Passez d'une taille fournie à l'autre jusqu'à trouver celle qui bouche l'oreille sans gêner.

Garder le contact avec la salle

Le premier concert en in-ear surprend : on n'entend plus le public, ni l'applaudissement après le morceau, ni la réaction à une blague. Deux micros d'ambiance, posés aux coins de la scène et tournés vers la salle, envoyés dans tous les mixages, règlent ce problème. Ils ne passent pas en façade.

Certains musiciens préfèrent garder un écouteur un peu sorti de l'oreille. C'est une mauvaise habitude : l'oreille ouverte reçoit le bruit de la scène, l'autre le mixage, et le musicien monte le volume des deux côtés.

Le volume

L'isolation des écouteurs est une protection de l'audition, à condition de ne pas la compenser par le volume. Un musicien en wedge entend son retour à 100 dB et plus. En in-ear, le même confort s'obtient souvent 10 dB plus bas. Les récepteurs ont un limiteur : activez-le, réglé assez bas pour qu'un larsen ou un micro qui tombe ne monte pas à un niveau dangereux.

Le verdict

Pour notre groupe de cinq : deux boîtiers filaires pour la batterie et les claviers, trois systèmes sans fil sur une plage large comme 823 à 865 MHz pour le chant, la guitare et la basse, dans une plage dont l'usage a été vérifié auprès de l'ANFR. Des écouteurs à une voie pour le chant et la guitare, à deux ou trois voies pour la basse et la batterie. Une console à 10 bus pour cinq mixages stéréo, ou des mélangeurs personnels. Deux micros d'ambiance. Et un wedge de secours pour la première date.

Les modèles retenus

Prix indicatifs au 13 octobre 2026.

Les erreurs qui reviennent

  • Acheter des systèmes sans fil sans vérifier les plages autorisées en France : certaines demandent une autorisation, d'autres ont été réattribuées.
  • Prendre cinq émetteurs sur une bande de 2 MHz : il n'y a pas la place pour cinq fréquences compatibles sans intermodulation.
  • Régler les écouteurs trop fort parce qu'on n'entend plus la salle : l'isolation sert justement à écouter moins fort qu'en wedge.
  • Supprimer tous les wedges et oublier les micros d'ambiance : les musiciens se sentent coupés du public et poussent leur volume.
  • Faire passer la commande de la console par Wi-Fi à 2,4 GHz et les in-ear sur la même bande : les deux se gênent.

Ce qu'il faut retenir

2 buspar mixage stéréo : cinq mixages stéréo demandent 10 bus de sortie à la console
863 à 865 MHzla plage des systèmes d'entrée de gamme : 2 MHz seulement, quelques émetteurs à la fois au maximum
1 à 3 voiesdans les écouteurs de cette page ; plus de voies séparent mieux le grave, utile au batteur et au bassiste

Autres cas concrets : Un ou deux caissons : dimensionner le grave d'après la salle, Première console numérique de scène : entrées, bus et commande à distance, Enceinte active ou passive pour la scène : ce que change l'ampli intégré.

Façade et retours la sono de scène choisie d'après la taille de votre public